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Tourisme de mémoire en Champagne-Ardenne


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Frédérique Lebel
Destinations particulières, les lieux de mémoire connaissent un développement spectaculaire. Passion pour les lieux historiques ? Boulimie commémorative ? Célébration « totémique »? Non, pas seulement. Leur visite permet, en se souvenant, de mieux savoir et donc d’accepter ce qui s’est passé, favorise pour certains un travail de deuil, même lointain. D’un point de vue plus optimiste, le simple fait de voir ces endroits où les victoires des uns riment avec défaites des autres ne constituerait-il pas le meilleur moyen de prendre conscience de la réalité européenne ?

Au-delà du « devoir de mémoire », la valorisation des lieux de mémoire répond à plusieurs objectifs : développement local, communication, réflexions historiques, sociales, littéraires, linguistiques.

« La mémoire historique unit, la mémoire collective divise »

Dans la région Champagne-Ardenne (l’absence de « s » n’est pas une erreur, car il s’agit d’une région et non du département), l’histoire militaire est un volet majeur, et la grande guerre, par sa force de témoignage, prédomine sur les autres époques. Pas de mise en images, pas de figuration symbolique, de dispositif iconique ou de lieux reconstitués lorsqu’on découvre les « villages détruits » ou les tranchées (juste déblayées de boue centenaire. Pas d’évocation passéiste type « son et lumière », pas de mise en scène romantico-esthétique où le passé devient facilement refuge. Juste des mémoriaux, cimetières, monuments et trois musées : celui d’Histoire de Mondement, consacré à cette première bataille de la Marne, installé dans l’ancienne école du village. Aux portes de Reims, le musée historique du Fort de La Pompelle est le plus important musée de la région consacré à la Guerre de 1914-1918. Enfin à Suippes, le centre d’Interprétation Marne 14-18 propose une présentation interactive originale du conflit.

À la mémoire des Russes, arrivés en 1916

Le département de la Marne propose un itinéraire jalonné de ruines, stèles et nécropoles témoignant de l’âpreté des combats. Parmi ces lieux, signalons en cette année 2010 qui célèbre la Russie en France et la France en Russie, la chapelle russe de Saint-Hilaire-le-Grand dédiée aux 6 100 soldats russes tombés en France. Bâti en 1937 sur une parcelle donnée par l’état français à la Russie, l’étonnant édifice entouré d’un petit cimetière orthodoxe, surprend par ses murs blancs et ses bulbes or et bleu. Dans le cimetière attenant sont inhumés un millier de soldats russes appartenant aux brigades venues combattre sur le front français à partir de 1916. Derrière le cimetière, à l’orée du bois, a été construit en rondins un monastère orthodoxe, niché au milieu des pins et des bouleaux.

Un camp de repos allemand à la Vallée Moreau

Autre lieu étonnant, le camp de la vallée Moreau. En 1966, fut créé le Comité franco-allemand de sauvegarde et de restauration des sites de guerre. Après avoir nettoyé des abris les équipes redécouvrirent le camp de la Vallée Moreau. Depuis des bénévoles de ce comité manient par tous les temps, pelles, pioches et brouettes pour restaurer ce site, tandis que chaque année les jeunes lycéens allemands de Thale contribuent à la restauration des tranchées, cabanes, lavoir, centrale électrique, station d’épouillage, douches, cantine et de la voie ferrée qui allait jusqu’au camp allemand suivant : le Kompanielager.

À noter : la Maison du Pays d’Argonne organise des randonnées guidées menant à la découverte des vestiges de ce secteur, parmi lesquels une chapelle utilisée par les Poilus.



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©TRENDMARK.FR - 53 - février 2010 - haut de page