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La tendance
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![]() Michel Bérain Le 17 avril dernier, lors dune vente aux enchères chez Christies France, un collectionneur américain a acquis un triceratops pour 592 250 euros. Ce squelette de 7,50 mètres de long et datant de 65 millions dannées avant notre ère, passionne les amateurs : quelques semaines plus tôt, la maison Maynards à Vancouver mettait en vente un edmontosaurus, un mosasaure, un ichtyosaure, sans parler dune palanquée dufs de dinosaures. Depuis le film Jurassik Park réalisé par Steven Spielberg, nombre de gamins ont troqué leur ours en peluche pour un dinosaure en plastique ; en effet, lattraction pour ses gros lézards ne faiblit pas, ils deviennent des animaux de compagnie à la fois effrayants et attirants. Dans une chronique du Journal des Arts (14 mai 10), Roland Recht, Membre de lInstitut, professeur au Collège de France déclare même 2010, année des dinosaures, avec rien quà Paris pas moins de trois expositions qui leur sont dédiés : Dans lombre des dinosaures au Muséum dhistoire naturelle jusquau 14 février 2011, La faim des dinosaures au Palais de la Découverte jusquau 1er septembre 2010 et Le temps des dinosaures à la Porte de Versailles jusquau 31 juillet 2010. Lesthétique de la catastrophe Une telle débauche de ces très lointains vertébrés interpelle. Le mot dinosaure possède toujours le même pouvoir magique depuis 1842, date de son invention par le paléontologue anglais sir Richard Owen. Cest alors le temps du spectacle : moins dune décennie nous sépare der la première exposition universelle, écrit Roland Recht. La magie est certes toujours là, mais en filigrane apparaît la terreur de la fin du monde qui transpire depuis les démonstrations dramatiques des militants écologistes. Comme les dinosaures, ne sommes-nous pas une espèce en voie dextinction ? Les augures patentés ou non annoncent le spectacle de la fin de la planète (au sens littéral), une planète non pas ravagée par une pluie de météorites, mais par une humanité inconsciente. Lesthétique de la catastrophe développée et nourrie par lespace médiatique toujours plus extensible, ajoute à cette terreur imposée par un présent envahissant qui obère toutes projections futures, projections constructives sentend. Partout dans nos sociétés, la domination du temps réel nourrit une forme datrophie temporelle, constate le sociologue Denis Muzet (in Le Monde 10 mai 10). Alors lattachement aux gros lézards vieux de plusieurs dizaines de millions dannées est une façon inconsciente de recomposer un passé lointain, intouchable, inexistant, une période où la terre était une immensité désertique où tout était possible. Roland Recht y voit un engouement rousseauiste pour une nature à labri des méfaits de lhomme ( ), le témoin dun âge où la terre navait pas encore dhistoire. Parce que la nôtre risque de finir bientôt |
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