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Dominique Cuvillier
“L’autolouange, pratique millénaire et universelle, est particulièrement utile en temps de crise. Lorsque les repères vacillent, l’humain se trouve dans un lendemain au goût d’inconnu. La métaphore est alors un pont ancré dans le passé et jeté sur un futur à inventer.” Marie Millis, professeur de mathématiques et d’éthique à Bruxelles, auteur de Exercices pratiques d’autolouange, un livre publié aux éditions Payot, dévoile par cette introduction les dessous de cette étrange pratique qui n’est en aucun cas un exercice nombriliste ou autopromotionnel, mais une démarche “qui proclame l’instantané de ce qui se vit en chacun”. Une mise en perspectives de soi par l’écriture spontanée, très bénéfique et nécessaire dans “une société où beaucoup souffrent d’un manque d’estime de soi démobilisateur”.

La crise économique violente bouscule la fragile structure de l’humanité qui perd pied, l’impression de décadence du monde vient renforcer le fatalisme du “tout fout le camp” porté par beaucoup et pas seulement les aquoibonistes. L’autolouange tend à chacun un miroir de l’abandon gratifiant par l’expression écrite, la pensée libre, sans intellectualiser ; il ne s’agit en aucun cas d’une démarche psychanalytique, mais d’une invitation à extérioriser sa propre histoire pour redresser la tête.

Marie Millis rappelle que Flaubert parlait déjà de “la manie de rabaissement qui est la lèpre morale de notre époque”. C’est encore plus vrai en France, pays de la flagellation et du dénigrement, Etat permanent de la dépression sociale et de la grogne automatique. Écrire à la première personne est une façon de sortir de la nasse collective du déclin. Mais attention prévient Marie Millis, “l’autolouange n’est pas seulement une forme littéraire, c’est aussi un rituel qui opère et modifie la personne qui pratique.”

Le management des ressources humaines par l’autolouange

Cet ouvrage s’adresse à tous et permet la pratique de l’autolouange grâce à un éventail d’exercices, des exercices qui pourraient s’appliquer à l’entreprise. Non pour tomber dans le satisfecit mais pour relâcher les tensions et peut-être améliorer la “performance sociale”. Depuis 2002, les entreprises cotées en bourse doivent publier un rapport RSE, responsabilité sociale des entreprises. L’objectif est de pousser les sociétés à recréer un climat social et à l’inscrire dans leur bilan. Les dépressions ou pire les suicides qui émaillent le quotidien de grands groupes exigent une revalorisation de l’estime de soi des salariés.

L’autolouange est “un art guérisseur qui donne à voir la vie dans tous ses états, écrit Marie Millis. Loin de la forfanterie, il n’est pas question de sélectionner uniquement le joli et le positif dans une sorte d’étalement de pensée positive. Il s’agit plutôt d’accueillir la vie comme elle est, dans tous ses états, ceux qui nous donnent à ressentir de la joie comme ceux que nous vivons avec souffrance. Tout accueillir. Tout amplifier. Tout contempler.” Les DRH confrontés à un management humain durcit et à des visions entrepreneurialles souvent disloquées par la crise et limitées à des bas de bilans, l’autolouange n’est pas la panacée, mais une action positive de remotivation individuelle à l’échelle de la collectivité.














©TRENDMARK.FR - 57 - juin 2010 - haut de page