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A 50 km de Rennes, la ville historique de Vitré est le berceau de la famille Texier. C’est en effet là que son patriarche, Louis Texier, établit sa fabrique en 1951. Grâce à elle, ce pays de cuir, longtemps réputé pour sa maroquinerie et ses chaussures, perdure dans la fabrication française de qualité.

Les prémices d’une success story

Fils de meunier, Louis Texier arrête l’école à dix ans pour se mettre au travail, d’abord aux côtés de son père, puis chez différents maroquiniers de la région. Devenu chef d’équipe, il n’est pas d’accord avec l’un des responsables qui malmène les piqueuses. Sa décision est prise: il va se mettre à son compte. A 28 ans, il enfourche sa bicyclette, direction la Chambre des Métiers de Rennes où un fonctionnaire compréhensif lui délivre un ersatz d’autorisation. Commence alors la tournée des entreprises, toujours à bicyclette, pour acheter des chutes de cuir. Il faut attendre 1954 et l’ouverture d’un compte commercial pour financer les premiers lots.

Avec sa femme Louise, devenue piqueuse par la force des choses, Louis imagine le sac Patchwork. Composé de 362 pièces, coupées en losanges ou en rectangles minutieusement assemblées, il se vend douze (anciens) francs sur les marchés et fait fureur. Le jeune artisan se sépare alors de son fusil de chasse, un Hammerless qu’il chérit, pour acheter sa première machine. La fabrication doit suivre la demande: d’un sac par jour, les Texier en fabriquent bientôt une dizaine, livrant leurs clients le dimanche, toujours à bicyclette. La pièce de 12 m2 dédiée à leur travail n’est bientôt plus suffisante: les stocks envahissent désormais la salle à manger familiale.
Les deux fils, Marcel et Jean-Luc, sont mis à contribution, ils apprennent les arcanes du métier, et tous deux passent  leur CAP de piqueur.

Marcel rejoint l’entreprise familiale comme apprenti en 1961. Cette même année, Louis Texier embauche une première piqueuse. 1961 marque aussi l’achat de la première grosse presse. Une machine indispensable à la fabrication des sacs de sport publicitaires vers laquelle se tourne le maroquinier, sans pour autant délaisser les modèles féminins. A l’instar du premier sac en mouton imaginé par Marcel. Avec ses poignées rondes, ce ravissant petit modèle devient un it-bag avant l’heure.

Le passage à la production industrielle

Un premier atelier voit le jour en 1968. En 1975, un nouvel agrandissement s’impose, avec toutes les contraintes que cela implique : érigée sur une propriété privée située dans le périmètre du Château médiéval de Vitré, la future usine de 3 000 m2 doit en effet répondre aux exigences, pas toujours concordantes, des Bâtiments de France.

Lancées au début des années 70, les collections homme connaissent un vif succès : serviettes d’affaire, gibecières, cartables, sous-main signés Texier se déclinent en croûte de cuir de vachette. Les modèles féminins jouent quant à eux le choix des peaux (agneau, vachette, mouton) travaillées dans une riche palette de formes et de teintes. La marque, qui élabore sa propre carte de couleurs, devient très rapidement réputée pour la justesse de ses coloris. Aux teintes vitaminées de l’été (corail, safran, océan, perle, rouge, sable) succède la palette pertinente pour les frimas (liège, taupe, bronze, châtaigne, vison, praline, carbone, flanelle,) soulignée par des grains spécifiques (aspect velours, lézard ou croco).

Au rythme de deux collections annuelles, l’entreprise multiplie ses points de vente en France, mais aussi à l’étranger. Un réseau exponentiel construit sur les magasins multimarques et les franchises lui permet ainsi de s’implanter en Grande-Bretagne, Grèce, Russie, Japon et Chine.

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Des collections au diapason de leur époque

Les années 90 s’accompagnent d’évolutions radicales dans les manières de vivre et de voyager. L’homme d’affaires se déplace davantage, et les exigences féminines se transforment. Quand les beaux jours arrivent, les modèles en coton enduit s’habillent d’illustrations ou messages humoristiques de circonstance.

A peine lancé, en 1992, le Victoria devient un best-seller. Jouant subtilement le contraste ton sur ton entre cuir lisse et tressé, le modèle reste immédiatement identifiable grâce à sa généreuse boucle en laiton à fleurs de lys stylisées. Pour les soixante ans de la marque, une réédition “collector” lui rend hommage avec panache: décliné dans un magnifique quatuor de peaux (cuir végétal alezan, noir, croco fumo et crispé bronze).

Les ambitions

Dans son usine de 9000 m2, le maroquinier breton fabrique aujourd’hui 1500 pièces par jour (1 000 sacs ou sacoches, serviettes et 500 modèles de petite maroquinerie). Un sous-traitant basé dans le Sud de la France, produit les compléments de petite maroquinerie, tandis que la Chine assure 15% de la fabrication de certains modèles en toile.

Forte de six cents points de vente en France  (80% du chiffre d’affaires), la marque entend développer son réseau de boutiques en propre. Après Nantes, elle a inauguré en juin 2011 une enseigne parisienne sur la Rive Gauche (127 boulevard Saint-Germain), et s’apprête à ouvrir deux boutiques à Lille et Strasbourg. L’objectif à cinq ans est de compter une cinquantaine de magasins dans l’Hexagone.

En Europe (20% du chiffre d’affaires), le réseau de franchises s’intensifie. Texier est notamment présent en Allemagne, Belgique, Grèce, Royaume-Uni, Hollande. La stratégie internationale vise quant à elle trois principaux marchés: Japon, Chine et Inde.

Pour réaliser ses ambitions, la marque accentue le stylisme dans l’élaboration de ses modèles. Pour la femme, cent-vingt nouveaux sacs ponctuent chaque saison, soit un taux de renouvellement de 70%. Avec quarante nouveaux modèles annuels, l’homme —qui représente 30% des ventes— illustre aussi l’esprit de renouveau qui anime la marque.

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La signature Texier

Viscéralement attachée aux matières premières de qualité, l’entreprise privilégie les collaborations pérennes avec des tanneurs français et italiens capables de répondre à ses critères de sélection: imperméabilisation, et résistance aux frottements et à la lumière. Expert en sacs montés en bords francs, on doit au maroquinier le système d’ombrage des tranches qui donne un relief supplémentaire à la peau.

Coutumière des choix technologiques précurseurs, l’entreprise est l’une des premières à adopter la découpe au jet d’eau. Outre une précision chirurgicale, le procédé évite la manipulation des emporte-pièce. Le système n’exclut évidemment pas l’utilisation de coupes traditionnelles au couteau.

Soulagé au maximum des taches pénibles, l’artisan peut alors se concentrer sur les finitions sophistiquées: une mousse intégrée dans le rabat d’une serviette lui apporte de la souplesse, une bandoulière ajustable s’adapte aux différents portés, une fermeture cousue sous le rabat d’une gibecière protège son contenu, une poignée passée sous le rabat d’un porte-ordinateur facilite le porté épaule. Et les clients sont si attachés à leur sacs qu’ils les confient volontiers aux mains expertes du SAV : quatre personnes qui rafraîchissent chaque année près de mille produits.

Contrôler la chaîne du produit signifie aussi pour Texier le choix d’une fabrication éco-responsable. Utilisatrice de colles thermo bien avant l’entrée en vigueur de lois en faveur de l’environnement, l’entreprise a aujourd’hui réduit les colles à solvant à son département de petite maroquinerie qui compte une cinquantaine de personnes. Cette année, avec ses 280 employés, la Maison Texier célèbre ses soixante ans, et le projet à l’ordre du jour est de conquérir le marché américain.

http://www.texier.fr






















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